Pas moins de trois articles savants (en trois langues différentes!) prétendent, dans leur titre, révéler LE sens du Cymbalum mundi . Et plusieurs critiques, depuis au moins trois siècles, se sont cassé la tête (et du sucre sur le dos les uns des autres!) à essayer d’interpréter LE sens de ces dialogues énigmatiques…
À la manière des philosophes du deuxième dialogue qui prétendent avoir trouvé un morceau de la pierre philosophale et qui se chamaillent entre eux, ces critiques sont souvent convaincus d’avoir trouvé la clé de l’énigme, l’interprétation véritable du texte.
Il est vrai qu’il est difficile d’échapper à la tentation de résoudre ce beau casse-tête plein d’allégories plus ou moins obscures (codées par des anagrammes, des jeux de mots, des allusions…) qui paraissent faire référence — parfois clairement, parfois beaucoup moins — à des personnages historiques, des croyances religieuses, des situations politiques, des comportements (im)moraux…
Saurez-vous résister à la tentation de chercher le(s) sens du Cymbalum mundi?
Voici, pour vous guider (et vous épargner la lecture de 150 articles et livres sur le sujet!), une présentation des principales écoles d’interprétation de ce petit livre qui a fait couler beaucoup d’encre et de sueur interprétative (il y a, entre parenthèses, des liens vers les références bibliographiques des principales sources modernes si vous souhaitez approfondir vos recherches…).
Attention : il y a une multitude d’interprétations différentes! Nous les avons réparties, un peu grossièrement (et parfois injustement), en trois grandes familles (pas très unies) : la sérieuse, la comique et la « sériocomique ».
I. Le Cymbalum mundi, c’est du sérieux!
Parmi les critiques qui lisent le Cymbalum au “plus haut sens”, c’est-à-dire avec la conviction qu’il importe de prendre ce texte au sérieux parce qu’il recèle un (ou des) “message(s)” déchiffrable(s) comme on en trouverait dans un traité ou un pamphlet, Nicolas Le Cadet a récemment identifié pas moins de sept écoles de pensée, dont cinq qui insistent sur la dimension religieuse (ou antireligieuse) du texte :
a. La thèse de l’athéisme Dès le 16e siècle (Postel, Calvin, Farel, Estienne, Pasquier, La Croix du Maine) et encore au 18e (chez un seul lecteur cependant : La Monnoye) et au 19e siècle (Nodier, Jacob, Frank, Lacour), des commentateurs ont défendu la thèse de l’impiété du Cymbalum mundi. Dans la première moitié du 20e siècle, de nouveaux commentateurs ont aussi soutenu que le Cymbalum mundi était foncièrement athée ou “rationaliste”, incluant le grand historien Lucien Febvre qui en a fait la seule exception à sa théorie sur l’impossibilité d’une véritable incroyance en France au 16e siècle. L’historien des Annales y consacrera même un livre complet . Dans la deuxième moitié du 20e siècle, d’autres encore ont défendu cette hypothèse dite lucianiste (au sens religieux de ce terme sur lequel nous reviendrons plus loin), reprise et défendue par les éditeurs de la dernière édition savante du Cymbalum et de sa première adaptation en français moderne , ainsi que, plus récemment encore, par un autre commentateur prolifique, Alain Mothu . Même s’il paraît difficile d’affirmer avec une certitude absolue que le Cymbalum mundi fait l’apologie de l’athéisme, il paraît incontestable (comme l’a démontré de manière convaincante Malcolm Smith) qu’au moins un personnage (Hylactor) est un athée, voire un antithéiste (qui représenterait Etienne Dolet). Smith ne va cependant pas jusqu’à conclure que l’auteur du Cymbalum est aussi athée : il parle plutôt de “nicodémisme”, une position antidogmatique selon laquelle les mots prononcés dans son cœur importent davantage que les mots prononcés en présence d’autres humains, ce qui se rapproche de certaines des thèses qui suivent …
L’édition “athéistique” de Gauna (2003)
b. La thèse de l’évangélisme L’interprétation la plus souvent opposée aux lectures athées est celle de l’évangélisme du livre et de son auteur présumé Bonaventure Des Périers, secrétaire de Marguerite de Navarre dont il aurait, plus ou moins fidèlement, épousé les croyances spirituelles. Rappelons que l’évangélisme – en partie inspiré par Érasme et plus généralement par le courant spirituel de la devotio moderna – se développe en France, dans le cercle Meaux, dès le début des années 1520 (autour de quelques figures importantes comme Lefèvre D’Étaples, Guillaume Farel, Gérard Roussel, Guillaume Briçonnet…). Pour résumer un peu grossièrement, on pourrait dire que l’Évangélisme prône une méditation individuelle des Évangiles et un retour au message “originel” du Christ : il est donc très critique des traditionnels rites et pratiques catholiques (rituels figés de la messe, indulgences…), sans pour autant aller jusqu’à verser dans le Protestantisme ni prôner le schisme avec l’Église de Rome. Le défenseur le plus acharné de cette interprétation du Cymbalum mundi, Verdun L. Saulnier , a fortement influencé le responsable de la première édition critique moderne du livre qui y a lu, quant à lui, non seulement “l’hésuchisme” de Saulnier (une forme de mysticisme secret, “une véritable apologie du silence”), mais aussi un “libertinisme spirituel” qu’il rapproche de la pensée de Thomas à Kempis (l’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ, livre influent de la dévotion moderne). Le fait que l’édition de Nurse ait été la seule édition moderne disponible pendant plus de trois décennies a aussi eu pour effet d’influencer beaucoup d’autres commentateurs à divers degrés etc., etc. Selon cette perspective critique, le Cymbalum s’attaquerait moins à la Bible, à Jésus-Christ et au christianisme en général qu’à l’interprétation et à l’usage pervertis qu’en auraient fait les humains et les institutions de l’époque. La perspective évangélique est celle qui, à première vue du moins, s’accorde le mieux avec ce qu’on sait de la vie et des autres œuvres de l’auteur présumé du livre, Bonaventure Des Périers… sauf qu’elle entre évidemment en contradiction avec les précédentes lectures athées.
L’édition « évangélique » de Nurse (avec la préface « catholique » de Screech) (1re éd. 1958, rééd. 1967, 1983, 1999)
c. La thèse du catholicisme orthodoxe Cette thèse défendue d’abord par le grand seiziémiste anglais, M. A. Screech, dans sa préface à l’édition de Nurse , n’a été reprise que par de rares commentateurs . Elle repose sur une lecture partielle du Cymbalum qui s’attache essentiellement aux attaques du deuxième dialogue contre les protestants (Luther, Bucer) et les évangéliques (vu que Drarig, selon Screech, représente Gérard Roussel, ce qui expliquerait selon lui la colère du roi). Cette thèse, assez peu convaincante puisqu’elle ne prend pas en compte les passages des premier et troisième dialogues qui semblent critiquer le rituel sacramentel du vin et la pratique des indulgences de l’Église catholique, entraînerait également la remise en cause de l’attribution du livre à l’auteur Bonaventure Des Périers, trop proche de Marguerite et de la cour pour s’être attaqué à l’évangélisme de Roussel. Cette interprétation peu répandue bénéficie cependant de la caution de la Faculté de théologie de la Sorbonne qui, en 1538, n’avait pas trouvé “d’erreurs expresses en matière de foi” dans le Cymbalum mundi… un jugement qui pourrait cependant être dû à l’aveuglement des trois docteurs de la Sorbonne qui l’ont examiné (des Sorbonnagres comme ceux dont s’est si souvent moqué Rabelais) ou encore au désir de la Sorbonne d’envoyer un message politique d’indépendance au roi.
d. La thèse de l’agnosticisme Rappelons que l’agnosticisme défend l’idée que la connaissance de l’absolu n’est pas accessible à l’esprit humain, bref qu’on ne peut démontrer ni l’existence ni l’inexistence de Dieu. Cette thèse défendue par F. Berriot et quelques autres () a été reprise par M. Clément dans son intéressante lecture « cynique » de ces dialogues qui y voit surtout une “satire de la crédulité spirituelle”, un “antidogmatisme” radical (partagé d’ailleurs par certains partisans de l’évangélisme) qui n’irait cependant pas jusqu’à l’athéisme.
e. La thèse de l’incrédulité Au chapitre des interprétations du Cymbalum à l’égard de la foi, Le Cadet distingue une cinquième position qui n’y verrait pas de l’incroyance, mais plutôt de l’incrédulité. La nuance peut paraître subtile, mais cette position serait différente de celles de l’athéisme et de l’agnosticisme par son scepticisme, son “doute” intellectuel à l’égard non pas tant de l’(in)existence de Dieu, mais à l’égard de tous “les contenus dogmatiques divers et variés, contradictoires que les contemporains lui attachent”. Le Cymbalum s’en prendrait donc, d’abord et avant tout, à “l’universelle curiosité/crédulité” des humains.
f. La lecture morale L’interprétation précédente nous met sur la piste de celle de certains critiques – – qui ont tenté de faire abstraction des aspects religieux de la satire pour se concentrer sur ces cibles plus humaines : la curiosité, la crédulité, la loquacité, la stupidité, la vanité, l’orgueil… des faiblesses trop humaines dont ces dialogues se moquent tout au long. Ainsi, le Cymbalum serait à lire avant tout comme une satire morale et non comme un texte défendant une position théologique quelconque.
g. La lecture linguistique Enfin, une dernière école de pensée se concentre moins sur les enjeux religieux ou moraux de l’ouvrage que sur son attaque des fondements mêmes de la parole: de Spitzer qui relève sept lieux où la parole est “stigmatisée” dans le Cymbalum (qui s’attaquerait ainsi aux “effets pernicieux du langage”), en passant par l’allemand Boerner qui consacre un livre entier à démontrer que la satire s’en prend surtout aux mauvais “usages de la parole” (Redepraxis) ou Weinberg qui y voit une attaque contre l’ambiguïté fondamentale du langage , jusqu’au responsable de la première édition critique chez Honoré Champion, Yves Delègue, qui propose une lecture, un peu anachronique mais stimulante, de l’ouvrage dans laquelle il prétend que la “vraie subversion du texte” n’est pas religieuse, mais qu’elle se situe plutôt dans le doute jeté sur la “parole (…) dont la maîtrise permet à certains de s’arroger autorité et pouvoir”. Ainsi, le texte tracerait “les limites et les pouvoirs de la parole en exercice, ses dangers et ses illusions, sa vérité et sa pitié aussi”… et nous précipiterait même dans une “relativité généralisée” !
L’édition de Delègue (1995)
Rarement a-t-on rencontré, au sujet d’un même texte — très énigmatique il faut dire —, autant de lectures si radicalement divergentes! Et Le Cadet n’a même pas tenu compte d’interprétations plus excentriques comme celle qui a vu dans le Cymbalum mundi une attaque sceptique contre l’humaniste Guillaume Budé , un tract anticalviniste ou encore une forme de mysticisme juif fondé sur la kabbale !
II. Le Cymbalum mundi, “c’est pas sérieux”…
Certains critiques, moins nombreux, se sont moqués de tous ces “philosophes” qui interprètent le Cymbalum mundi en croyant détenir la vérité, la “pierre philosophale” de son sens (ou au moins une parcelle de celle-ci) et qui tendent souvent à le lire soit comme un pamphlet religieux/antireligieux ou un traité philosophique et moral. Cette deuxième catégorie de critiques – qui refuse de voir la fiction comme un simple “voile” recouvrant un message moral ou (ir)religieux – a suggéré de lire plutôt ces dialogues satiriques comme une œuvre littérairevolontairement ambiguë qu’il ne faut pas trop prendre au sérieux et à la lecture de laquelle il suffirait donc de simplement prendre plaisir. Dès la fin du 16e siècle, un bibliographe comme Du Verdier n’y voit que des “fictions fabuleuses” proches des Métamorphoses d’Ovide, tandis que la grande majorité des lecteurs des nouvelles éditions de Proposer Marchand au 18e siècle (incluant Voltaire) n’y verront qu’un “badinage facétieux”. Et, même si la lecture athée du Cymbalum mundi dominera au 19e et au début du 20e siècle, il reste certains auteurs, tels que les biographes de Des Périers en français et en allemand , qui insisteront sur le caractère léger et “inoffensif” (harmlos) de l’ouvrage. Il y a aussi un critique du début du 20e siècle qui a vu dans l’auteur de l’œuvre “un aimable esprit qui n’a eu, en l’écrivant, aucun dessein pernicieux”, une perspective critique reprise par d’autres plus tard au 20e siècle, tel Morrison qui y voit, avant tout, une œuvre “essentiellement comique” qui ne cherche surtout pas à “édifier” ses lecteurs.
III. L’école “sériocomique”
Enfin, certains critiques, dont nous faisons partie , ont tenté de replacer le Cymbalum mundi dans la tradition du dialogue. Cette prise en compte de l’héritage du genre dialogué (extrêmement populaire à la Renaissance), et plus spécifiquement de sa variante “sériocomique” inspirée par le satiriste grec Lucien de Samosate, permet d’aller au-delà de la distinction moderne entre “fiction” et “non-fiction” qui tend à opposer les interprétations “sérieuses” et “pas sérieuses”, philosophiques (ou théologiques) et littéraires sur un mode trop souvent “ou bien… ou bien…”.
Dans le genre du dialogue, en effet, il demeure possible à la fois de faire appel aux ambiguïtés de la fiction et de dire quelque chose sur le monde, les idées, la religion. Ainsi, le Cymbalum ne serait à lire ni comme un traité qui défend une position philosophique ou religieuse singulière, ni comme une simple comédie qui n’aurait pour but que de divertir le lecteur ou la lectrice. On peut donc le lire simultanément comme un véhicule d’idées ou de valeurs et comme une œuvre de fiction capable de jouer sur des tensions, idéologiques et éthiques, qui ne sont pas toujours résolues, ni univoques. Une telle approche ouvre la voie à des interprétations plurivoques, voire paradoxales.
Il n’en demeure pas moins que de lire le Cymbalum comme un dialogue ne garantit pas, en soi, qu’on en tire une interprétation plus juste ou intéressante. Un des premiers critiques à placer le Cymbalum dans la tradition du dialogue a bien voulu “corriger l’injustice dont le Cymbalum a souffert, en tant que dialogues, aux mains de ceux qui n’ont voulu y voir que les idées”. Kemal Bénouis a eu le mérite de rappeler que le “message” du Cymbalum est équivoque “parce qu’il n’y en a pas un, mais plusieurs”. Sauf qu’il n’a pas osé pas trop s’avancer sur la question délicate de ce qu’il appelle le “lucianisme” du Cymbalum dont il reconnaît les enjeux religieux… sans vraiment se prononcer sur la question.
Grande spécialiste et pionnière des études sur le dialogue, la Canadienne Eva Kushner conçoit le dialogue d’une façon plus sophistiquée en “présupposant que le (…) dialogue permet en effet de présenter d’une manière dialectique plutôt que d’une manière univoque une pensée qui peut-être, et même probablement, hésite entre divers points de vue”. Elle distingue cependant la “forme lucianesque du dialogue” de son lucianisme dans lequel elle voit (paradoxalement!) non pas l’irréligion normalement associée à Lucien de Samosate, mais une sorte de processus “d’attrition” (c’est-à-dire d’élimination) de toutes les croyances qui mènerait à une “condamnation tout évangélique de la misère et de l’aveuglement des hommes” , ce qui nous ramène à la case départ de l’interprétation évangélique.
D’autres critiques – – ont vu, à l’inverse, dans l’influence prépondérante des dialogues comico-philosophiques de Lucien sur le Cymbalum la preuve de son lucianisme, c’est-à-dire de l’athéisme du recueil dans son ensemble, tandis que plusieurs autres ont suivi Eva Kushner dans la distinction entre le “Lucien-écrivain”, ici “porté à sa perfection” et le prétendu lucianisme antireligieux de l’ouvrage : “Que l’auteur ait dénoncé une trahison de l’Évangile, voilà qui semble clair. Qu’il ait voulu exprimer et propager son athéisme reste à prouver”.
Du point de vue de cette question épineuse du lucianisme, l’hypothèse la plus intéressante, selon nous, est sans doute celle de Malcolm Smith qui suggère que la figure d’Actéon au quatrième dialogue pourrait représenter nul autre que Lucien de Samosate lui-même, un auteur souvent associé à la philosophie mordante du cynisme. Une légende bien connue disait d’ailleurs que Lucien avait été dévoré par des chiens. Les deux chiens du Cymbalum qui ont mangé la langue d’Actéon (Dolet et Rabelais, selon Smith) incarneraient donc à la fois les voix contemporaines de Lucien à la Renaissance et aussi son impiété de “chien lucianiste” (comme on appelait souvent les présumés athées à l’époque). Paradoxalement, selon Smith, l’auteur du Cymbalum exposerait le lucianisme de ses deux contemporains (dont un s’apprêterait même à révéler son impiété publiquement si l’on suit les promesses de Hylactor) en s’inspirant lui-même du genre lucianique , ce qui ne signifierait pas pour autant qu’il fût lui-même lucianiste (ouf!).
On voit bien là la complexité et la sophistication de ces dialogues difficiles à “interpréter” du fait, entre autres, qu’il s’agit de dialogues. On gagnerait d’ailleurs à prendre un peu de recul par rapport à la question de l’influence de Lucien en réinsérant ces dialogues, comme l’ont fait certains critiques, dans une tradition beaucoup plus vaste (et dont Lucien n’est qu’un représentant parmi d’autres), celle du genre de la “satire ménipéee”, un genre sériocomique qu’a bien décrit le grand théoricien russe de la littérature, Mikhail Bakhtine, dans son livre sur Dostoïevski, un genre bien plus riche et complexe que la satire traditionnelle qui tend, elle, à se placer au-dessus de ses cibles (qu’elle tend à mépriser), alors que l’auteur de la satire ménippée s’inclut lui-même dans le monde satirisé.
On n’énumérera pas ici les 14 caractéristiques de la satire ménippée identifiées par Bakhtine : il suffira de souligner que le Cymbalum mundi répond à chacun de ces critères. En transportant son lecteur, sa lectrice à tous les niveaux (le ciel, la terre, le monde animal, les Antipodes), à travers toutes les époques (Antiquité, Moyen Âge, Renaissance…), entre divers lieux (le ciel, une taverne athénienne, une arène, un jardin, un champ…), puis en faisant appel à plusieurs genres littéraires (lettre, dialogues, poésie, prose, chansons…), et ce, en effectuant une série de renversements “carnavalesques” (le livre commence à la veille des Bacchanales et se termine à la veille des Saturnales), le Cymbalum, comme toute bonne satire ménippée, montre – et démonte – l’humanité trop humaine des humains, particulièrement ceux qui abusent de leur pouvoir, cherchent la gloire (pour se proclamer, par exemple, la “cymbale du monde”) ou encore prétendent détenir la vérité que ce soit dans le domaine religieux ou politique… Au bout du compte, le Cymbalum plante le lecteur, la lectrice là, suspendu entre ciel et terre, au beau milieu d’un champ sémantique très chaotique, plein d’énigmes et de paradoxes, sans prétendre lui-même à la vérité.
Peut-être est-ce là d’ailleurs le(s) sens ultime(s) du Cymbalum : derrière tous les dialogues manqués et la violence (tragicomique) des relations que ces dialogues mettent en scène entre les personnages, il reste ce dialogue ouvert de la lecture qui nous ramène à nous-même, à notre humble humanité en perpétuelle transformation sur laquelle nous sommes bien obligés de nous questionner aujourd’hui encore (de là, entre autres, l’actualité de ce petit livre!) car, comme le dit si bien le chien Hylactor lorsqu’il apprend que son compagnon Pamphagus sait lire, il est tout de même “bon de savoir davantage de choses, car on ne sait où l’on se trouve.”
IV. Et vous donc, où vous trouvez-vous? Que trouvez-vous dans cette étonnante Cymbale du monde?
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SOURCES
Voici la liste des références mentionnées dans ce résumé (d’autres références se trouvent cependant dans notre plus complète bibliographie de la littérature secondaire) :
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Bamforth, S. (2003). Aspects théâtraux du Cymbalum Mundi. In F. Giacone (Ed.), Le “Cymbalum Mundi” : Actes du colloque de Rome, 3-6 novembre 2000. Genève, Suisse: Librairie Droz.
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Becker, P.-A. (1924). Bonaventure Des Périers als Dichter und Erzähler. Vienne, Autriche ; Leipzig, Allemagne: Hölder-Pichler-Tempsky A.-G.
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Berriot, F. (1984). Athéismes et athéistes au XVIe siècle en France (Vols. 1–2). Lille, France: Éditions du Cerf, Atelier national de reproduction des thèses.
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